Lettre ouverte du ministre des Finances, ministre du Revenu et ...

17 mai 2012 - Au nom, disent-ils, de l'accessibilité financière aux études universitaires. Et pourtant! Une fois, deux fois, le gouvernement a modifié le scénario ...
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Cabinet du ministre

Lettre ouverte du ministre des Finances, ministre du Revenu et ministre responsable de la région de Montréal, M. Raymond Bachand.

Québec, le 17 mai 2012

Ce que le gouvernement consent à un groupe, il doit l’enlever à un autre Le budget 2010-2011 a défini une stratégie pour un nécessaire retour à l’équilibre budgétaire du gouvernement du Québec en 2013-2014. Cette stratégie s’appuie sur la rigueur et la discipline, protège les services publics et évite les coupures brutales que d’autres gouvernements ont dû imposer à leurs citoyens dans un contexte similaire. Elle reconnaît aussi la nécessité que chacun fasse sa part : gouvernement, entreprises, citoyens. Personne ne se réjouit de cette nécessité. Mais chacun doit accepter de faire sa juste contribution. Le budget reconnaît aussi la nécessité d’accroître les ressources financières des universités, pour que celles-ci demeurent ou deviennent de calibre mondial. Le plan de financement augmentera de un milliard de dollars environ le budget de fonctionnement des universités québécoises par rapport à 2010-2011. Cet investissement sera majoritairement défrayé par le contribuable québécois. En toute cohérence, nous avons demandé aux étudiants d’assumer 17 % du coût total de leurs études en 2016, contre 13 % en 2010. 4 % de plus! La majorité des étudiants accepte de faire sa part – comme tous les citoyens québécois. Une minorité d’étudiants refuse. Non seulement ils ne veulent pas payer 4 % de plus du coût de leur éducation universitaire, mais il s’en trouve pour réclamer de réduire cette part. Et pour cela, certains sont même disposés à priver leurs collègues de la majorité de leur droit à l’éducation, voire à saccager la propriété publique et privée. Au nom, disent-ils, de l’accessibilité financière aux études universitaires. Et pourtant! Une fois, deux fois, le gouvernement a modifié le scénario de rattrapage et bonifié davantage le régime de prêts et bourses. Si bien qu’avec le dernier scénario mis sur la table par le gouvernement, les Québécois, sauf les mieux nantis, auront désormais un meilleur accès aux études qu’avant la réforme du financement universitaire. À terme, les étudiants n’assumeront toujours que 17 % du coût de leurs études. Loin de s’en réjouir, des leaders étudiants ont plutôt choisi de redéfinir l’enjeu. Plus question d’assurer l’accessibilité financière, il faut « au moins » geler les frais, voire cheminer vers la gratuité – malgré le caractère régressif d’une telle mesure qui serait, si on la suivait, tout aussi généreuse envers les plus riches qu’envers les plus démunis.

Au-delà de l’iniquité inhérente à cette mesure, la question se pose de savoir d’où viendrait l’argent nécessaire à sa mise en œuvre. À cette question, les étudiants ont une réponse toute prête : AILLEURS. Faites payer les riches, faites payer les minières, éliminez le « gras dans le système »… Sauf que le contribuable québécois fait déjà largement sa part. Sauf que les riches du Québec ne sont ni assez nombreux, ni assez riches pour payer toutes les factures qu’on voudrait leur envoyer. Notre fiscalité et nos programmes sociaux (financement universitaire compris) font du Québec l’une des sociétés les plus égalitaires du pays. Mieux encore, une société plus égalitaire aujourd’hui qu’en 2003. Sauf que les minières du Québec sont dorénavant largement plus imposées que leurs voisines de l’Ontario. Sauf que, même s’il en existe dans toute organisation, privée comme publique, le « gras dans le système » n’offre pas un potentiel d’économies tel qu’on pourrait comme par miracle y trouver les ressources nécessaires pour mieux servir la minorité d’étudiants qui est dans la rue, comme la majorité qui étudie ou voudrait le faire. Alors, où prendre l’argent? Les ressources financières du gouvernement du Québec ne peuvent augmenter que par la croissance économique. Il faut pour cela fournir aux entreprises, aux travailleurs et aux investisseurs un cadre qui leur permette d’être concurrentiels : entre autres, une fiscalité compétitive et des diplômés compétents et créatifs. Un climat social propice est tout aussi essentiel. Tout en étant plus performante que bien des économies développées, l’économie québécoise affiche néanmoins une croissance modérée. Par conséquent, la capacité des Québécois de payer a ses limites. Ce que le gouvernement consent à un groupe, il doit l’enlever à un autre. Tout en se drapant ostensiblement de la justice sociale et de la solidarité, la minorité d’étudiants qui persiste dans son intransigeance cherche en fait à s’approprier des ressources destinées à d’autres groupes. Quel poste budgétaire voudraient-ils amputer? Celui de l’enseignement primaire et secondaire? Celui des services de garde? Celui de la lutte contre la pauvreté? Celui du logement social? Celui de la santé? Celui du soutien à la culture et aux arts? Ou voudraient-ils plutôt qu’on renonce à accorder au réseau universitaire québécois les ressources financières dont il a absolument besoin pour servir les étudiants? Les péripéties quotidiennes du conflit étudiant masquent les vrais enjeux de la réforme de l’enseignement universitaire au Québec, à savoir sa qualité et son accessibilité financière. Nos budgets et nos propositions récentes sont des réponses efficaces, équitables et réalistes aux deux enjeux. La majorité des étudiants l’a

compris. Cette majorité n’a pas à être l’otage d’une minorité qui poursuit ses propres objectifs.

Le ministre des Finances du Québec

RAYMOND BACHAND