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Ireland (William Henry, 1777-1835) prétendit avoir trouvé des manuscrits inédits de ... grands amis, Cyril Graham. C'était un garçon tout à fait fascinant, un vrai ...
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Le portrait de monsieur W.H. 1889 ©Ediciones Mr. Clip www.edicionesmisterclip.wordpress.com [email protected] Síguenos en facebook y twitter Grupo Ediciones74, www.ediciones74.wordpress.com edicionessetentay[email protected] Síguenos en facebook y twitter España Diseño cubierta y maquetación: R. Fresneda Imprime: CreateSpace Independent Publishing ISBN: 978-1530780419 1ª edición en Ediciones Mr. Clip, marzo de 2016 Obra escrita en por Oscar Wilde Esta obra ha sido obtenida de www.wikisource.org Esta obra se encuentra bajo dominio público Cualquier forma de reproducción, distribución, comunicación pública o transformación de esta obra solo puede ser realizada con la autorización de su titular, salvo excepción prevista por la ley.

Oscar Wilde

Le portrait

de

Monsieur W.H. 1889

ediciones mr. clip

le portrait de monsieur w.h.

Oscar Wilde Le portrait de Monsieur W.H.

J

I

’avais dîné avec Erskine dans sa jolie petite maison de Bird Cage Walk et nous étions assis dans sa bibliothèque, buvant notre café et fumant des cigarettes, quand nous en vînmes à causer des faux en littérature. Maintenant je ne me souviens plus ce qui nous amena à un sujet aussi bizarre en un pareil moment, mais je sais que nous eûmes une longue discussion au sujet de Macpherson1, Ireland (William Henry, 1777-1835) prétendit avoir trouvé des manuscrits inédits de Shakespeare qu’il publia à partir de 1795. Il finit par avouer son invention. (Note du traducteur.) et de Chatterton2 et qu’en ce qui concerne ce dernier, j’insistai sur ce point que ses prétendus faux étaient simplement le résultat d’un désir artistique de parfaite ressemblance, que nous n’avons nul droit de marchander à un artiste les conditions dans lesquelles il veut présenter son œuvre et que tout art étant à un certain degré une sorte de jeu, une tentative de réaliser sa propre personnalité sur quelque plan imaginatif en dehors de la portée des 1  Macpherson est l’éditeur et le forgeur des prétendus Poèmes d’Ossian qui ont fait les délices de nos grands-pères à qui il n’aurait pas fallu parler de leur dieu avec ce dédain. (Note du traducteur.) 2  Chatterton (Thomas, 1752-1770) mit au jour des poèmes qu’il attribuait à Rowley et qui soulevèrent d’interminables polémiques. (Note du traducteur.) 5

Oscar Wilde

accidents et des limites de la vie réelle  ; — censurer un artiste pour un pastiche, c’était confondre un problème de morale et un problème d’esthétique. Erskine, qui était de beaucoup mon aîné et qui m’avait écouté avec la politesse amusée d’un homme qui a atteint la quarantaine, appuya soudain sa main sur mon épaule et me dit : — Que diriez-vous d’un jeune homme qui avait une étrange thèse sur certaine œuvre d’art, qui croyait à cette thèse et qui commit un faux pour en faire la démonstration ? — Oh ! ceci est tout à fait une autre question. Erskine demeura quelques instants silencieux, contemplant le mince écheveau de fumée grise qui s’élevait de sa cigarette. — Oui, dit-il après une pause, c’est tout à fait différent ! Il y avait quelque chose dans le ton de sa voix, une légère sensation d’amertume peut-être, qui excita ma curiosité. — Avez-vous jamais connu quelqu’un qui avait fait cela ? lui demandai-je brusquement. — Oui, répondit-il, en jetant au feu sa cigarette, un de mes grands amis, Cyril Graham. C’était un garçon tout à fait fascinant, un vrai fou sans la moindre énergie. C’est pourtant lui qui m’a laissé le seul legs que j’ai reçu de ma vie. — Et qu’était-ce ? m’écriai-je. Erskine se leva de sa chaise et allant à une petite vitrine en marqueterie qui était placée entre les deux fenêtres, il l’ouvrit et revint à l’endroit où j’étais assis en tenant dans sa main un petit panneau de peinture encadré d’un vieux cadre un peu terne de l’époque d’Elisabeth. 6